C’est avec une profonde tristesse que l’Association internationale des criminologues de langue française (AICLF) vous informe du décès de la Professeure Rodica Mihaela Stănoiu, le 3 décembre 2025.
Nous transmettons ici le message de la Société Roumaine de Criminologie et de Criminalistique:
La Madame de la Criminologie en Roumanie, la professeure et chercheuse émérite Rodica Mihaela STĂNOIU, a franchi la frontière de l’au-delà, le 3 décembre 2025, trop tôt… Elle était le dernier pilier de la “génération d’or” de l’Institut de Recherches Juridiques (IRJ) au sein de l’Académie Roumaine !
Rodica Mihaela Stănoíu a obtenu son diplôme de la Faculté de droit de l’Université de Bucarest en 1961, puis s’est spécialisée en criminologie à l’École de criminologie de l’Université de Montréal et à la Faculté de droit comparé de l’Université de Strasbourg. Après l’achèvement de ses études, elle a exercé au sein du département de droit civil de l’Institut de recherches juridiques « Acad. Andrei Rădulescu » de l’Académie roumaine (IRJ-AR). Elle s’est ensuite orientée vers le droit pénal, avant de consacrer l’essentiel de sa carrière à la criminologie, domaine dans lequel son œuvre, d’une ampleur exceptionnelle, a exercé une influence majeure tant au niveau national qu’international.
AU NATIONAL
Au sein de l’Institut de recherches juridiques, elle a franchi avec rigueur et persévérance toutes les étapes de la carrière scientifique, accédant au rang de chercheur scientifique I, puis de chercheur scientifique émérite. Parallèlement, elle a assuré la coordination du doctorat en sciences juridiques au sein de la SCOSAAR, à l’IRJ, dans les domaines de la criminologie, de la victimologie et de la pénologie. Elle fut la seule coordinatrice de thèses de doctorat en sciences juridiques en Roumanie disposant d’une certification et d’une expertise pleinement reconnues dans ces spécialités. Tout au long de sa carrière, elle a exprimé publiquement son attachement constant et sa fidélité à l’Institut de recherches juridiques.En 1990, elle a cofondé la Société roumaine de criminologie et de criminalistique (SRCC), affiliée par la suite à la Société internationale de criminologie.
Elle a enseigné pendant plus de dix ans en qualité de professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Spiru Haret de Bucarest (aujourd’hui FSJSA), où elle assurait les enseignements de criminologie et de pénologie. Elle a également exercé brièvement à la Faculté de droit de l’Université chrétienne Dimitrie Cantemir, au sein de laquelle elle a créé le premier programme de master en criminologie.
Durant son mandat de ministre de la Justice, elle a créé l’Institut national de criminologie (INC, octobre 2002 – janvier 2007), première structure véritablement opérationnelle dans ce domaine, reposant sur des équipes interdisciplinaires et multidisciplinaires, un programme de recherche clairement structuré et des spécialistes formés à la recherche fondamentale et appliquée. Elle a également contribué de manière décisive au rayonnement international de l’INC et de la criminologie roumaine, notamment en organisant à Bucarest, du 28 au 30 avril 2004, le 67ᵉ Cours international de criminologie, sous l’égide de la Société internationale de criminologie.
Au sein de la Commission pour l’élaboration du droit pénal (CIJ), elle a contribué à la publication des Explications théoriques du Code pénal et du Code de procédure pénale, ouvrage de référence en six volumes. La même année, à l’âge de 86 ans, elle a publié La société du risque mondial et la grande criminalité (440 pages), un travail majeur qui s’impose comme une référence incontournable et une source d’inspiration pour les spécialistes en criminologie et au-delà.
INTERNATIONAL
Elle a siégé pendant plus de dix ans au conseil d’administration de la Société internationale de criminologie. Elle a donné de nombreuses conférences et participé à des colloques au sein de prestigieuses universités canadiennes. Membre fondatrice de l’Association internationale des criminologues de langue française (AICLF), elle y a exercé à cinq reprises consécutives la fonction de vice-présidente, tout en siégeant au comité de rédaction de revues internationales de criminologie de renom en Suisse et au Canada.Elle est entrée en politique en 1996, au sein du Parti social-démocrate (PSD), où elle a exercé successivement les fonctions de secrétaire d’État au ministère du Travail, de ministre de la Justice, de conseillère présidentielle, de cheffe du département de la sécurité d’État et de cheffe de l’administration présidentielle.
En tant que sénatrice (1996–2008), elle a présidé la Commission des droits de l’homme ainsi que la Commission d’enquête sur les abus et la corruption. Elle a également été membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, au sein de laquelle elle a dirigé le groupe parlementaire « Femmes », siégé aux commissions politique et juridique, et exercé les fonctions de rapporteuse européenne sur le thème « Viols dans les territoires de conflit armé ».
Durant la période communiste, elle a fait l’objet d’une surveillance de près de dix ans par la Securitate. En écho à cette expérience, elle a publié en 2014 l’ouvrage SANDA – « Dossier de surveillance informationnelle 1 370 », dans lequel elle retrace et analyse certains des épisodes les plus marquants de cette période.
Madame la professeure Mihaela Rodica Stănoiu, figure emblématique de la criminologie roumaine, mentor, enseignante et guide intellectuelle de plusieurs générations de chercheurs et de juristes, incarnait un modèle d’intégrité, de rigueur académique et de dévouement à la recherche de la vérité. Par la profondeur et l’originalité de ses travaux, elle a façonné des paradigmes durables et ouvert des perspectives d’analyse sans lesquelles le paysage juridique roumain serait aujourd’hui sensiblement appauvri.
Celles et ceux qui ont eu le privilège de travailler avec elle garderont à jamais le souvenir d’une coordinatrice inflexible sur les normes, qui croyait au pouvoir du savoir et à la responsabilité qui incombe à chaque professionnel du droit au sein de la société.
Son décès laisse un immense vide dans le monde universitaire, et plus particulièrement dans le milieu juridique roumaine. Son héritage perdure cependant à travers les idées qu’elle a cultivées, les personnes qu’elle a formées et l’intégrité avec laquelle elle a mené chaque étape de sa vie professionnelle.
En signe de reconnaissance, la Société Roumaine de Criminologie et de Criminalistique publiera l’année prochaine un ouvrage intitulé « À la mémoire de Rodica Mihaela Stănoiu ».
Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille, à ses collègues et à tous ses proches!
Société Roumaine de Criminologie et de Criminalistique
L’AICLF adresse ses plus sincères condoléances à sa famille, à ses proches, à ses collègues ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont été inspirés par son enseignement, son engagement académique et son dévouement au service public. La professeure Rodica Mihaela Stănoiu demeurera une figure importante et respectée de la criminologie roumaine et internationale.